1960, I am so over you.

J’arrive dans la tour abritant mon bureau.  Il est 9 h 35 et je suis en retard.

Ma secrétaire m’attend, l’air inquiète et instable.  Par deux fois des clients ont tenté de me rejoindre en vue du pitch publicitaire que je dois leur offrir en milieu de semaine : une campagne sur les bienfaits des nouvelles cigarettes Du Maurier light.

Je ne suis pas prêt, j’ai besoin d’un scotch, je regarde le cul de ma secrétaire et je m’enferme dans mon bureau.

Je pense à ma femme.  Je pense à mes enfants.  Je pense à ma maîtresse.  Je n’ai pas la tête à travailler.  Je quitte le bureau, il est 9 h 53.  Je m’en vais boire un troisième scotch au pub du coin.

Je suis un homme, je suis blanc, je parle au « je » et j’habite New York.  Le monde est à moi.

On me parlait depuis longtemps de cette série américaine se déroulant dans le monde de la publicité des années 60.  Il m’aura toutefois fallu quelques épisodes avant de vraiment embarquer dans ces histoires nébuleuses au rythme très lent, où les cigarettes et les mensonges sont omniprésents.  Mais une fois accroché à Mad Men, impossible pour moi de m’arrêter.  Tel un beatnik en furie, il ne m’aura suffi que d’un mois pour passer au travers des trois premières saisons.  …  Et à me développer un problème d’alcool sévère !

Mad Men dépeint avec justesse et minutie la société et la culture américaine des années 60 : le tabagisme, l’alcool, le sexisme, l’adultère, l’homophobie, le racisme…  Les personnages, les intrigues évoluent et nous avons peine à croire qu’il était courant de vivre ainsi il y a une cinquantaine d’année, à l’époque de nos parents.  Tout a bien changé, ou presque.  L’absence totale de préoccupations envers l’environnement fait parfois grincer des dents,  une certaine scène de pique-nique étant relativement choquante.  J’étais à une cigarette près de m’enrôler comme bénévole chez Greenpeace.  BP, watch-moi ben aller !

La série dépeint aussi une sous-culture où les hommes mariés s’engagent fréquemment dans des relations extra-conjugales.  Pas que je me leurre à croire qu’il en est différent aujourd’hui, mais le tabou, les non-dits omniprésents dans les moeurs de l’époque, encore fortement contrôlés par l’église catholique, apportent une sévérité au sujet.

À l’horizon semblent pourtant pointer des indices sur les changements radicaux sociaux en devenir : les remarques sur l’éventuelle dangerosité du tabac sur la santé, l’émancipation du peuple noir américain, les divorces, l’égalité des sexes, la dépression, la Beat Generation

Au Québec, la première saison est diffusée sur les ondes de Télé-Québec depuis cet été.  Je n’ai aucune idée du niveau de qualité de la traduction offerte.  Mais si vous êtes comme moi, un cinglé de première du genre à dévorer une série télé à un rythme marathon, enfermé à double tour dans un appartement ayant pour seule nourriture des baby carottes accompagnées d’un délicieux dip à saveur ranch, courrez acheter les coffrets ou demandez à un ami de vous les prêter.  Car attendre à chaque semaine pour connaître la suite d’une émission de télévision, c’est tellement 1960 !

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