J’ai vraiment passé un superbe week-end !

Le mois d’avril étant définitivement propice aux enfantements, j’ai célébré vendredi soir les anniversaires de plusieurs amis, porté par l’enthousiasme d’une température clémente.  Quelques cocktails, d’intenses conversations, un dancefloor en feu…  Bref, une soirée parfaite !

Le lendemain, mon mal de tête et moi sommes partis communier avec la nature.  Les montagnes de Charlevoix étant un peu trop loin, je me suis rabattu sur un boisé sauvage de Laval.  Un charmant couple de canard m’a souhaité la bienvenue sur leur territoire, une clairière peuplée d’une colonie d’escargots à coquilles roses.  Il ne manquait que des petits bambis pour compléter le tableau et me donner le goût de chantonner quelques hits tirés de la Mélodie du Bonheur !

Totalement comblé et heureux, (mon mal de tête ayant disparu), je suis rentré chez moi en utilisant comme à mon habitude le transport en commun de Montréal.  Le métro c’est sua coche !  Dans mon iPod, Céline s’époumonait en affirmant à quel point elle était « alive ».

When you call on me
When I hear you breathe
I get wings to fly
I feel that I’m alive

Prochaine station : Jean-Talon

Me levant de mon siège pour sortir à la prochaine station, j’ai été soudainement propulsé vers l’avant du wagon, le train s’étant brutalement arrêté.  Quelques secondes plus tard, les lumières se sont éteintes.  Tous les passagers se regardaient, une interrogation aux creux des yeux.

L’horreur.  Une jeune fille était sous le train.

Le suicide dans le métro est un sujet tabou.  Ce qui n’empêche pas plusieurs désespérés de passer à l’acte.  Environ 30 tentatives de suicide ont lieu chaque année dans le réseau souterrain.

Près des deux tiers des personnes qui se jettent devant un métro ne meurent pas.  Elles s’en sortent avec des blessures importantes qui les laissent, après avoir enduré d’extrêmes douleurs, avec un handicap permanent ou des séquelles graves.

La Société de Transport de Montréal a choisi de faire des campagnes de sensibilisation à l’interne.  Le Service de Police de la Ville de Montréal préfère ne pas aborder publiquement la question.  Même l’organisme Suicide Action Montréal se fait avare de commentaires sur les nombreuses tentatives effectuées chaque année.  Les suicides dans le métro augmenteraient lorsqu’on en parle, à ce qu’il paraît.

Des passagers avaient ouvert les portes de sécurité du wagon pour en sortir.  Sur la rame du métro, le spectacle était encore plus terrifiant.  La voix étouffée d’une jeune femme sortait d’entres les roues du train.  Des dizaines de spectateurs terrifiés, immobiles.  Un chauffeur de train ne sachant pas trop comment camoufler sa panique.  Des jeunes en état de choc, d’autres filmant la scène avec leur téléphone mobile…  Et moi.

Jean-Talon, c’est ma station.  Égoïste, impuissant, je suis reparti chez moi, le coeur lourd d’une tristesse floue et accompagné d’une envie de revoir tous mes amis que je venais pourtant tout juste de quitter.  Et Céline chantait encore :

When you bless the day
I just drift away
All my worries die
I’m glad that I’m alive

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