Le métro était bondé.  Station Place-des-Arts, 17h30, il fallait jouer du coude pour entrer dans un wagon, mais c’est la norme et personne ne s’en formalise.  L’épreuve réussie, le train était sur le point de partir lorsqu’on m’a soudainement poussé contre le mur.  Je me suis retourné et j’ai aperçu l’homme aux réflexes disproportionnés qui me souriait, un peu bêtement.  Il s’est approché de moi.

– Je peux toucher à ta barbe ?
– Pardon ?
– Je peux toucher à ta barbe ?
– Ma barbe ?  Euh…  Pourquoi ?
– Je peux toucher à ta barbe ?  S’il te plaît…
– Euh…  Non.
– Envoye donc, juste un bout.
– Non.

J’avais réellement cette conversation avec un homme qui, sans être un expert en la matière, semblait avoir un grain.  Autour de nous, plus personne ne parlait.  Tous étaient obnubilés par leur journal, leur iPod à off ou toute publicité affichée dans le wagon, que tu vois à tous les jours depuis six mois, mais que tu as plus que jamais le goût de décortiquer, surtout quand un fou braque est à côté de toi.

– Pourquoi tu veux pas me laisser toucher à ta barbe ?
– …
– Tu le sais-tu que j’ai pas toute ma tête ?
– …
– Tu le sais-tu que j’aime ça faire des affaires avec une chainsaw ?

Là, c’est la partie où, normalement, je serais hilare.  Come on, une chainsaw ?!?  Mais pourtant, dit à cinq centimètres de ta face, c’est pas drôle pantoute.

– ENVOYE, LAISSE-MOI TOUCHER À TA BARBE !!!

Lorsqu’il a commencé à hurler, c’est le moment où tous les passagers du wagon ont décidé de se tasser, d’aller ailleurs, le plus loin possible de moi et de mon charmant admirateur.  Le tout, évidemment, de la façon la plus naturelle et nonchalante du monde.

Celui qui en pinçait grave pour ma pilosité faciale m’a crié après pendant tout son trajet qui a duré trois stations.  Rendu à destination, il a touché ma barbe et est parti en me faisant un fuck you.

J’étais pas ben.

Après le départ de mon interlocuteur, les gens autour de moi ont recommencé à parler.  Un gars est venu me voir.

– Wow, je sais pas comment t’as fait.  Le gars était fucking weird, man.
– J’avais remarqué.
– Il aurait vraiment pu te péter la gueule.  J’aurais freaké ben raide à ta place.

Oui j’ai eu peur.  J’ai eu la chienne de ma vie.  J’ai vraiment pensé qu’il allait finir par sortir un couteau de sa poche (ou sa fameuse chainsaw).

Être effrayé à ce point avec des dizaines de personnes autour de moi ?  C’était la première fois.

Jusqu’où mon nouvel ami cray-cray aurait-il pu se rendre avant qu’une personne vienne à mon secours.  Pas comme un super-héros, mais comme un humain : « Je suis là ».

Hier, dans le métro de Montréal, à l’heure de pointe, j’étais fucking tout seul.

Quoi dire, quoi faire ?  Comment réagir dans une situation comme celle-là ?  J’ai cherché des sites Web à ce sujet, en vain.  Tout ce que j’ai trouvé, c’est des conseils afin d’abattre les préjugés face à la maladie mentale.

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