Ça faisait longtemps que l’on avait eu un week-end de pluie.  Un temps maussade où deux choix d’activité s’imposent : refaire la déco de son salon ou lire les livres achetés après chaque émission de Tout le monde en parle, mais qui prennent la poussière dans notre bibliothèque.

Je n’ai fait aucun de ces deux choix.  Je continuerai d’évoluer dans un salon aux couleurs V8 et le roman de Josélito attendra bien encore quelques années avant d’être feuilleté.

Ce week-end, je suis allé au cinéma.  En Bixi.

M’abonner au service de vélo communautaire a été une des meilleures décisions de mon année jusqu’à présent.  Seulement, je suis toujours en attente de ma clé, et ce, depuis deux semaines.  À chaque fois que je désire enjamber les lourds bolides en métal, je dois payer avec ma carte de crédit, Bixi se faisant une joie d’y retenir un montant préventif de 250 $.  En résumé, j’adore ma vie de montréalais : je me sens cool tout en étant royalement fourré par un système que je ne contrôle pas.

Mon premier plan était d’aller voir le méga blockbuster dont tout le monde parle ces jours-ci, Gastby le magnifique.  J’ai finalement abouti au cinéma Beaubien, les cheveux en méga bataille, pour voir Molière à bicyclette, réalisé par Philippe Le Guay.  Drôle de changement de programme, je vous l’accorde.  Mais dix minutes de plus en Bixi sous la pluie auraient définitivement transformé ma chevelure en une choucroute digne d’Amy Winehouse en boisson.

Au sommet de sa carrière d’acteur, Serge Tanneur, joué par Fabrice Luchini, a quitté une fois pour toutes le monde du spectacle.  Trop de colère, de lassitude…  La fatigue d’un métier où tout le monde trahit tout le monde.  Depuis trois ans, il vit en ermite dans une maison délabrée sur une île recluse.  Gauthier Valence, interprété par Lambert Wilson, est un acteur de télévision de type « Docteur Grey », adulé du public.

Un jour, Gauthier vient voir Serge pour lui proposer de jouer Le Misanthrope de Molière.  Serge refuse et affirme qu’il ne remontera jamais sur scène.  Mais, surpris et décontenancé, l’acteur retraité se sent bizarrement interpellé par cette offre inattendue.  Il accepte donc quelques répétitions.

Dans ce lieu dépouillé, les deux hommes se chamaillent sans arrêt et se jettent tous leurs défauts à la figure : narcissique, menteur, hypocrite, chacun déverse ses frustrations, mais les comédiens progressent dans la joie grâce au plaisir des mots.

Molière à bicyclette est un film qui commence en parodie pour finir en comédie sarcastique d’un brio aussi habile que divertissant.  Le merveilleux de ce film, c’est le duo formé de Lambert Wilson et Fabrice Luchini où le classique se mêle à la modernité avec une virtuosité spectaculaire.  Le plaisir du spectateur, c’est d’assister à ce combat jouissif entre un acteur médiocre qui a accepté tous les compromis, et le vieil acteur amer et méprisant qui a renoncé pour toujours…

Le sujet est un peu pointu, mais Molière à bicyclette vaut amplement le détour, même s’il est fait en Bixi.

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