Pourquoi sommes-nous sur Terre ?  Pourquoi suis-je un homme et non un fou de bassan ?  Pourquoi suis-je né au Québec et non en Afrique du Nord ?  Pourquoi ICI et non Radio-Canada ?

Bref, je suis encore à la recherche du but de l’existence humaine.  Et c’est lourd.  D’ailleurs, il ne faut pas trop que j’y pense, car j’entre facilement dans un état de panique de type « souffler dans un sac de papier ».  Pour me détendre, j’écoute ICI RDI voir des « hommes de confiance » se faire arrêter ainsi que des lecteurs de nouvelles qui saignent du nez.

– Pour être bien dans ta tête, tu dois commencer par être bien dans ton corps.

J’aurais plutôt pensé qu’une tête en santé était le résultat d’une coupe de cheveux appropriée, mais soit.

Ce n’est pas la première fois que je m’essaye à l’entraînement.  M’abonner à un gym est une action, un désir qui me prend, comme un cauchemar récurrent, et dont je ne réussis jamais à me débarrasser.

Depuis que je suis en âge d’avoir des souvenirs, je rêve fréquemment que je me fais poursuivre par une immense plante grasse.  Le hic, nous sommes tous les deux sur un disque vinyle, et nous courons dans le beurre.  Jusqu’au moment où je tombe et me retrouve projeté dans le feuillage froid et gluant du big crassula.

Aujourd’hui, j’ai enfin compris la signification de mon rêve, après avoir rencontré mon nouvel entraîneur de gym.  Grand, luisant, le regard absent mais la musculature anormalement présente.

– Alors, quel est votre objectif d’entraînement ?
– Euh.  Je sais pas.  Rien.  …  Être en forme ?
– Mais encore ?  Vous voulez augmenter votre masse musculaire, votre flexibilité, votre résistance…
– Vous n’auriez pas un kleenex ?  Je saigne du nez.

Je suis d’un tempérament nerveux, pis l’air est sec.

– Combien de fois pensez-vous venir vous entraîner ?
– De deux à trois fois par semaine.  Mais le mercredi est réservé à mon cours de mambo cha-cha.
– OK…  C’est comme vous voulez.  *moue de désapprobation majeure*
– ???
– À deux visites par semaines, il serait étonnant que vous remarquiez une éventuelle amélioration…

En gros, si tu ne passes pas ta vie à mes côtés, fuck that !

J’aimerais atteindre ce niveau de plénitude, celui même qui pousse cet homme d’un certain âge à forcer sur le bench press malgré que son cuissard de coton ait voluptueusement déchiré au niveau du cratère fessier.  Un dépassement sans lendemain dans l’effort.  Un « keep the faith » bien senti.

En attendant, je fais de l’elliptique en observant l’écran de télé où le maire de Montréal se fait arrêter par la police, le sourire aux lèvres.  À mes côtés, une immense plante grasse aux avant-bras disproportionnés me rappelle aux cinq secondes que « je suis capable ».

Capable de me lancer en politique ?  Capable de corruption pour faire avancer ma carrière ?  Capable de déchirer mes shorts avec un gros cul musclé ?

Pour l’instant, j’ai le corps meurtri, et ma tête ne semble pas être au meilleur de sa forme.  Je vais y aller avec ma première idée et prendre rendez-vous avec mon coiffeur.

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