Cette année, l’hiver québécois est particulièrement difficile.  Aurais-je dû prendre davantage de soleil l’été dernier ?  Probablement.  Mais trop tard, je traîne une carence en vitamine D depuis octobre et la prise de suppléments en capsules m’est totalement interdite pour cause de reins folichons qui aiment se fabriquer de cailloux pour en faire de jolis colliers Caroline Néron.

Même si j’essaie par tous les moyens de constamment me coller la face sur une source de lumière supérieure à 60 Watt, les résultats ne sont pas concluants et j’ai le caquet bas depuis des semaines.

En marchant dans le métro (ou plutôt, en traînant ce qu’il reste de mon corps), je me complaisais dans mon malheur profond quand j’ai tout à coup entendu des voix s’élever au-dessus de la masse.  Deux voix autoritaires, suivies d’une longue lamentation féminine avec beaucoup, beaucoup de Craven A dans le grain.

Une femme se faisant escorter à l’extérieur du métro par deux policiers ne semblait pas vivre ce qu’on peut qualifier de « bonne journée ».  Prétextant une quelconque raison, elle refusait de se déplacer.  Était-ce dû au stress de la manoeuvre, ou tout simplement par signe de protestation ?  Toujours est-il que la situation générale a eu raison de ses sphincters qui se sont relâchés en plein centre de la station Berri-UQAM, à l’heure de pointe, devant des centaines de passants inconfortables.

– Pis, les policiers ?  Y’ont-tu été chien avec ?
– Non.
– Qu’est-ce qu’ils disaient ?
– Pas grand-chose.
– Mais là, ils l’ont pas engueulé parce qu’elle pissait à terre ?
– Non.
– …  Est ben plate ton histoire !

Plate, peut-être.  Triste, vraiment.  J’étais déjà down, mais cette scène m’a donné une vraie raison d’avoir les blues.  Mon impuissance totale face à la détresse humaine est beaucoup plus déprimante que mon faciès turquoise de cadavre exquis.

Filmer cette pauvre femme avec mon téléphone et de publier ça sur le Web m’est passé par la tête.  Non pas par méchanceté gratuite, mais par réflexe.  J’avais tout l’équipement dont j’avais besoin.  J’aurais même pu prendre des photos panoramiques HQ ou tourner en slow motion !

Avec un titre accrocheur comme : « Deux policiers obligent une itinérante à uriner sur le sol », TVA Nouvelles aurait assurément diffusé la vidéo à Mon topo.  J’aurais eu des milliers de views et des centaines de commentaires.

J’aurais pu faire de l’argent !

Ce réflexe (de marde), je l’ai eu grâce aux réseaux sociaux qui font maintenant partie intégrante de ma vie.

Cette semaine, Facebook fête ses dix ans.  Des milliers d’articles nous vantent les mérites du réseau social en nous démontrant à quel point il a changé notre vie.

Je me demande de quoi aurait l’air ma vie aujourd’hui si Facebook n’avait jamais existé.

Je ne penserais pas à recevoir de l’amour à coup de « j’aime » grâce aux malheurs des autres, j’aurai probablement plus de vitamines D dans le système et je ne déprimerais pas à l’idée de devoir changer ma photo de profil parce que je suis dû, même si j’ai la face verte remplie de cernes.

Je serais peut-être de meilleure humeur, finalement.

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