J’ai, depuis quelque temps, une écoeurantite aiguë des réseaux sociaux.  Un malaise généralisé.  Est-ce dû à mon travail qui m’amène à être là-dessus quasiment 12 heures par jour ?  Peut-être.  Mais le 12 heures restant de ma journée, même si je le passe à dormir, manger ou prendre une douche, ce n’est jamais bien loin de mon téléphone intelligent, prêt à émettre un petit « ding » à chaque événement marquant digne de mention, ou non, d’un de mes contacts.

Entre ça pis être dans une prison à Guantanamo, y’a une marge très mince que seule l’éthique m’empêche de franchir.

Les réseaux sociaux, c’est bien.  Mais ce n’est pas la vie.

Je suis bien heureux de savoir qu’un ami du secondaire va se marier avec une fille dont j’ignorais l’existence ce matin même.

Un collègue de travail vient de traverser les lignes américaines en direction des Maldives ?  Bravo, mais on s’y attendait.  Ça fait trois semaines qu’il nous impose un décompte photographique de qualité douteuse pour annoncer son voyage touristique.

Un autre dude a mal à une dent ; une information peu intéressante qui mériterait de ne pas avoir été divulguée publiquement.

Et moi dans tout ça, qu’est-ce que je dois dire ?  Quelle information pertinente sur ma vie dois-je rendre publique aux yeux du monde ?  Que ma crème à café est passée date bien avant celle indiquée sur le berlingot ?  Que j’ai rêvé à Ginette Reno la nuit dernière, qu’elle était blonde et mince mince mince ?  Que j’ai un bouton sur la langue qui m’empêche de turluter ?

Voulant retrouver un feeling de fraternité et la bonhomie typique du Montréal de 1954, je suis parti me promener sur le Plateau Mont-Royal, tout sourire, avec la ferme intention de tisser des liens en disant « bonjour » aux passants, d’exécuter quelques pas de danse au soleil et de découvrir si, après tout ce temps, la grosse femme d’à côté était toujours enceinte.

Comme la seule personne ayant répondu à mon croissant de lune dentaire fut un itinérant, et ayant à peine réussi un semblant de conversation avec un barista visiblement amer de travailler pour une chaîne américaine, je suis retourné chez moi.

Bougon et désabusé comme pas un, j’ai repris contrôle de mon téléphone ô combien intelligent, seule source de divertissement maintenant possible.  Une suggestion d’app m’a interpelée.  Snapchat.

C’est un réseau social différent des autres grâce à son aspect éphémère.  Chaque utilisateur peut envoyer des photos ou vidéos à ses abonnés qui auront dix secondes pour les regarder avant qu’elles ne disparaissent à tout jamais.  C’est-à-dire que vous pouvez envoyer une photo complètement ridicule sans que cela n’ait de conséquence.

J’étais en plein shooting de mon scrotum quand tout à coup, mon téléphone sonna.  (Surpris, je n’avais encore jamais entendu sa sonnerie depuis son achat.)

– Oui allô ?!  …  Qui est à l’appareil ?  Identifiez-vous je vous pris !
– Salut, c’est moi.  Tu fais quoi ?  Un café chez moi, ça te dit ?

Niveau contact humain, y’a de l’espoir.  Tout n’est pas noir ou blanc.  Suffit de mettre un nuage de lait dans mon amertume.

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